Aujourd'hui était un jour d'été comme les autres, un de ceux qu'on ne supporte pas. Un de ces jours où le soleil vous rend aveugle, mais vous expose un monde heureux et beau, alors que vous vous sentez misérable.
C'est ce que ressentit Sarah en se réveillant ce matin là. Le soleil qui venait de se lever, caressa sa joue avec compassion, lui faisant ouvrir lentement les yeux. Elle se redressa tant bien que mal, sous la douleur de ses muscles courbaturés. Elle avait encore une fois dormit sur son balcon. Ca lui arrivait souvent depuis la nuit où elle avait voulu en sauter. C'était devenu son endroit, sa cachette où elle venait le soir avec une cigarette contempler les étoiles, puis de temps en temps, comme ce soir là, elle s'endormait paisiblement, bercée par la tendre lune.
Sarah s'assit en tailleur et se frotta le visage de ses mains fines. Elle était encore fatiguée mais se força à se lever et regagner sa chambre car elle devait partir tôt. Aujourd'hui était un jour d'été comme les autres, un de ceux que l'on ne supporte pas, un samedi comme les autres, la semaine était enfin finie, ce qui soulageait Sarah. Mais, aujourd'hui elle devait faire son travail de fille de divorcé et aller passer ces deux jours de repos chez sa mère à Paris, ce qui ne l'enthousiasmait guère.
Elle n'aimait pas son beau-père, ni sa mère d'ailleurs, ni la ville de Paris, elle se sentait encore plus seule là bas car elle ne connaissait personne. Ses parents s'étaient séparés lors de ses quatorze ans, maintenant qu'elle en avait dix-sept, elle se rendait compte que c'était mieux ainsi.
Il était 7h30 lorsque Sarah descendit dans la cuisine pour se faire un rapide petit déjeuné, elle était habillée et maquillée. Ses longs cheveux bruns étaient coiffés en une queue de cheval bien nette et ses yeux verts étaient à présent charbonnés. Elle portait un pantalon large et un tee-shirt noir, passe partout comme à son habitude, elle ne faisait pas attention à son allure.
Le père de la jeune fille était déjà debout en train de zapper sur la télé. Une heure plus tard ils étaient partis. Dans la voiture, seule la radio faisait office de paroles, Sarah et son père n'étaient pas du genre à se parler, et elle préférait écouter son I-Pod plutôt que son père essaye.
Ils mirent 1h30 à arriver devant l'appartement de sa mère où son père la déposa et repartit. Elle contempla dans un soupire le hall luxueux qui représentait la bouche de l'enfer pour elle. Sa mère n'avait bien sûr pas choisit le pire des amants, elle vivait avec un homme d'affaire riche et peu présent mais qui la rendait heureuse, ce que Sarah n'arrivait pas à comprendre...
Elle s'avança à pas lents et mesurés pour enfin sonner avec hésitation à l'interphone chromé. Une voix chaleureuse et enthousiaste l'accueillit et lui ouvrit la porte. Sa mère n'avait décidément pas changé, toujours aussi excentrique et dynamique, le contraire de sa fille.
Sarah entra dans l'ascenseur, suivit de son sac pour atterrir devant la porte de l'appartement que Cristelle, sa mère, avait déjà ouverte. Elle entoura sa fille de ses bras maigres pour la serrer fort contre elle, comme si celle-ci lui avait manqué. Sarah ne doutait pas de l'amour que lui portait sa mère, mais elle savait qu'elle était plus un fardeaux pour elle qu'autre chose, c'est pour ça qu'elle avait choisit de vivre avec son père.
Sa mère l'embrassa sans que Sarah ne lui décoche un sourire, pour elle c'était comme une punition de venir ici.
- Nous t'attendions ma chérie... sourit Cristelle.
Elle laissa entrer sa fille et lui désigna le « Nous » en question. Dans le grand salon décoré comme dans les magasines, se trouvait son beau-père, une femme et une fille qui avait à première vue le même âge que Sarah. Sa mère la prit par les épaules pour la faire avancer, mais avant qu'elle ne réagisse Sarah était déjà partit pour sa chambre. Cristelle eut un rire gêné avant de s'excuser :
- Elle va juste déposer ses affaires... dit-elle à ses invités.
Puis elle s'avança dans le couloir où Sarah disparaissait.
- Tu reviens vite chérie !
Sarah n'était pas du genre mal polie, mais elle détestait que sa mère lui force la main. Elle savait qu'elle détestait quand Sarah la mettait en gêne et celle-ci le faisait exprès.
La jeune fille, à présent seule, entra dans sa chambre avec résignation. Les murs roses lui sautèrent alors aux yeux, elle n'arrivait décidemment pas à s'y habitué. C'était une chambre moyenne tapissée d'une couleur rose bonbon avec comme seul meuble un lit, un bureau et une penderie.
Ma chambre...
C'était en tout point une chambre d'amis et Sarah se sentait mal à l'aise, ce n'était en fait qu'une invitée dans cette maison. La baie vitrée grande ouverte entourée de rideaux en satin fuchsia attira alors son regard et elle se souvînt que c'était la seule chose réconfortante dans cette chambre. La vue sur Paris depuis cette fenêtre était incomparable et Sarah pouvait passer une journée entière à regarder les gens passer en bas de l'immeuble en imaginant une vie qui ne leur appartenait pas, ou simplement contempler le ciel ou la ville et ses lumières.
Sarah s'en approcha et se pencha sur la petite barrière en fer forgé pour apprécier le reflet du soleil sur les toits brillants de Paris. Même si Sarah ne l'appréciait guère, elle ne pouvait renier la beauté de cette ville.
Elle se détacha de l'encadrement de la fenêtre pour se diriger avec désespoir vers sa valise posée au milieu de la petite pièce. Elle s'agenouilla devant et déballa ses maigres affaires qui consistait en une trousse de toilette, ses habits et des accessoires à dessin, son bien le plus précieux. Elle se leva de nouveau pour traverser le couloir et rejoindre la salle de bain pour y déposer sa trousse, mais sa mère l'aperçut et en profita pour la héler :
- Dépêche toi un peu Sarah ! rouspéta-t-elle.
La brune pénétra dans la salle de bain sans prêter attention à sa mère. Elle déposa sa trousse près du lavabo turquoise lorsque son regard sévère croisa celui du miroir. Ses longs cheveux bruns à présent détachés encadraient son visage d'une façon délicate mais ses yeux colorés de noirs la rendaient sombre et mystérieuse. Elle respira profondément et s'en détourna avant de regagner sa chambre avec lassitude. Elle rangea finalement ces vêtements dans la penderie pour ensuite rejoindre avec réticence les gens qui l'attendaient dans le salon, plus renfrognée que jamais.
Lorsqu'elle y entra en silence, son beau-père lui fit un signe de tête, mais elle ne savait si c'était en signe de bonjour ou de mécontentement, elle fit la bise aux autres. Sa mère prit alors la parole pour lui expliquer :
- Je te présente Corinne et sa fille Agnès, c'est une collègue de travail, sa fille et toi avez le même âge.
- J'espère que vous vous entendrez bien ! sourit Corinne.
Qu'en dites vous ???